Description Générale
Pendant le règne d’Alfonso III « El Magno ». les frontières du Royaume d’Asturies s’étendent jusqu’au Duero, affermies par une série de fortifications telles que Toro, Oporto, Zamora, Simancas, Dueñas ou Burgos. Cette large frange de terre fut surtout repeuplée de personnes qui, partant du nord surpeuplé, cherchaient de nouveaux espaces et de mozarabes qui fuyaient les problèmes, de plus en plus importants, des chrétiens en Al-Andalus. Deux groupes humains, avec beaucoup de points communs, qui créeraient une nouvelle société et une forme d’expression artistique rénovée, dans laquelle l’arc en fer à cheval serait réutilisé.
D’ordinaire, on entend par « Art Mozarabe » l’ensemble des manifestations artistiques chrétiennes qui se produisirent en Al-Andalus et dans le reste de la Péninsule Ibérique entre le début du Xème siècle et le milieu du XIème, et qui incluent les arcs en fer à cheval.
territoitres chrétiens où ils s’intégrèrent sans problèmes, les uns comme les autres ayant maintenu le substrat culturel wisigoth et partageant religion, culture, beaucoup des coutumes et même une liturgie très concrète et clairement différenciée de celles du reste de l’environnement européen.
protection, conservant ainsi le commandement des terres qu’il gouvernait antèrieurement au nom du roi Rodrigo. Pendant presque 150 ans, cette situation de tolérance fut maintenue et, durant cette période, quand une partie des chrétiens appelés « muladies », attirée par une culture supérieure et une façon de vivre beaucoup plus agréable devint peu à peu arabe et se convertit à l’islam, ce qui, en plus, lui apportait des avantages fiscaux, une autre partie importante, appelée mozarabe, se maintint, dans cette ambiance de permissivité, attachée à ses coutumes, sa culture et sa religion étant donné que, bien qu’il lui fût interdit de construire de nouvelles églises, elle put garder celles qu’elle avait au VIIème siècle.
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Vers l’an 850, la conversion croissante, voulue ou forcée, d’une grande partie des chrétiens à l’Islamisme et leur assimilation à cette société, à cause non seulement de nouvelles pressions mais aussi du grand attrait, d’un point de vue intellectuel et matériel, de la culture arabe, envenima peu à peu les relations entre arabes, muladies et mozarabes et finit par provoquer une violente réaction chez les mozarabes les plus orthodoxes. Dirigée principalement par Álvaro, un laïque, sans doute d’origine
juive, et Eulogio, un prêtre qui fut évêque de Tolède, tous deux d’un haut niveau culturel et qui ont laissé un ensemble important d’oeuvres littéraires de thème religieux, une violente réaction se produisit parmi les chrétiens qui manifestèrent leur volonté de maintenir leur identité face à la croissante arabisation qui s’effectuait autour d’eux. Un important groupe de mozarabes, dirigé par San Eulogio, reçut volontairement un martyr dans le but de fortifier la foi religieuse de ses coreligionnaires. Malgré le concile extraordinaire convoqué à Cordoue par Abd-al-Rahman II en 852, pour essayer d’empêcher la folie du martyre publique des chrétiens, ceux-ci ne modifièrent pas leur attitude, ce qui non seulement engendra une cinquantaine de martyrs en moins de dix ans, mais compliqua aussi énormément les relations entre arabes et chrétiens et réveilla l’intérèt sur ce qui se passait là, aussi bien en Asturies qui, à ce moment-là était en grande expansion sous le règne d’Alfonso III le Grand, que dans l’Empire Carolingien, avec de grands intérêts sur la « Marque Hispanique » à laquelle s’était convertie celle qui, par la suite, serait la Catalogne.
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Dans la seconde moitié du IXème siècle, dans un contexte de révoltes et de tensions dans l’émirat, surgit la silhouette d’un muladí, Omar ibn Hafsum-fils de Hafs, c’est à dire d’Alfonso- qui était à la tête d’une révolte contre l’émirat de Cordoue dans les montagnes d’Antequera et Ronda et crèe un royaume indépendant avec Bobastro pour capitale, dont les ruines,- parmi lesquelles se trouvait l’unique église mozarabe connue en Al-Andalus- se trouvent encore sur un pic presque inaccessible et, après s’être converti au christianisme, réussit à maintenir durant plus de 50 ans un royaume indépendant jusqu’à ce que, après sa mort, il fut conquis par Abd-al Rahman III (912-961) en 928.
villages et des monastères, les protégeant avec des villes fortifiées comme Oporto, Toro, Zamora, Simancas ou Dueñas et créant les bases de la future Castille où il construisit la forteresse de Burgos. Du côté politique, il s`était uni par son mariage avec la famille royale de Navarre et s’était réaffirmé dans l’idée de récupérer toute l’Espagne en unissant les différents royaumes chrétiens sous un « Magnus Imperator », comme l’appelaient ses enfants. Dans ce même concept il fut un grand promoteur de la culture et initia la construction aussi bien d’oeuvres civiles, spécialement à Oviedo et León, que d’églises et de monastères.
III- Regne de Navarre et Pyrenées Aragonaises
conserver leur indépendance. Situés entre l’empire carolingien et le califat de Cordoue, ils passèrent jusqu’au milieu du IXème siècle par des époques de domination arabe et d’autres de relative indépendance, mais surtout ils furent dominés, ainsi que la Navarre française, par l’empire carolingien. Ce fut à la suite d’une seconde victoire sur les francs en 824 à Roncevaux- ne pas cofondre avec l’année 778 qui fut à l’origine de la légende de Rolland-, qu’avec Iñigo Iñiguez, considéré comme le premier roi de Navarre, se consolida l’autorité indépendante des Arista. Suivit une époque très turbulente de luttes, généralement associées avec le royaume arabe de Saragosse contre les cordobais, les Francs et aussi contre le royaume asturien.
IV- La Marque Hispanique
ensemble de comtés qui´s’étendaient de part et d’autres des Pyrénées, dépendant de l’Empire carolingien et avec Narbonne pour capitale, bien qu’a partir de l’an 1000 les comtes aient commencé à jouir d’une relative indépendance. Pour toutes ces raisons, cette zone passe des constructions wisigothes aux mozarabes, sans presque aucune solution de continuité et il est très difficile de déterminer, pour beaucoup de petites églises rurales conservées, si elles sont d’époque wisigothe, d’anciens édifices wisigoths reconstruits par la suite ou de nouvelles constructions appartenant à ce que nous avons appelé l’Art Mozarabe.
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Sources historiques. Bien qu’avec les limitations inhérentes à une période si obscure, qui nous ont permis de développer
toutes sortes d’interprétations et de théories, nous possèdons un important bagage d’informations sur cette époque. Cette information provient de sources et d’environnements très différents, comme une chronique écrite par les mozarabes à Cordoue, plusieurs chroniques et annales asturiennes sur les dernières années wisigothes et le commencement de la Reconquête, des chroniques navarraises et catalanes, multiples histoires musulmanes sur cette époque, références à l’Espagne dans des chroniques françaises et même d’autres sources documentaires comme des actes de fondation de monastères ou des donations royales, entre autres, qui offrent une ample information, même si elles ne coïncident pas toujours. Il faut aussi inclure dans ce chapitre les premiers poèmes épiques castillans, comme celui de Fernán Gonzalez, qui, bien que postérieurs nous donnent des informations sur cette période. -
Littérature. C’est une période d’important développement de la littérature religieuse, faisant suite à la splendeur isidorienne de la phase antérieure, où ressortent toute la production d’Alvaro et San Eulogio de Córdoba, les multiples écrivains chrétiens auxquels ce dernier se refère dans ses « relations » sur son séjour en Navarre, toute la production littéraire des « scriptorum » léonais et castillans et même les poëmes de l’espagnol Teodulfo à la cour de Charlemagne. A cela il faut ajouter toute la littérature comprise dans la liturgie hispano-wisigothe, qui s’enrichit de façon significative dans cette période.
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Musique. Ce fut aussi une période de créativité musicale, tout au moins dans le secteur liturgique. On conserve, en grande partie grâce au Cardinal Cisneros, des antiphonaires contenant les chants liturgiques de toute une année et les chants aussi bien de la période wisigothe que ceux développés dans la zone arabe et dans l’épanouissement musical qui se produisit par la suite dans les monastères léonais et castillans.
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Miniature. Une facette fondamentale de l’art mozarabe est le magnifique ensemble de manuscrits conservés de cette période. L’art de la miniature atteignit un niveau extraordinaire à León et en Castille tout au long des Xème et XIème siècles. A partir de la tradition
isidorienne et de l’importance qu’atteignirent dans toute l’Europe les « Comentarios al Apocalipsis » écrits par le Béat de Liébana à la fin du VIIIème siècle, dans les « scriptorium » de monastères comme San Miguel de la Escalada, Albares, Albeda, San Millán de la Cogolla ou Tábara entre autres, furent créés des antiphonaires, des copies des commentarios du Béat de Liébana, des Bibles et autres manuscrits enluminés d’une qualité et d’une originalité incomparables avec ce qu’il y avait en Europe jusqu’à lors. Leur influence dans la miniature et la peinture romanes à travers certains manuscrits, donnés aux monastères de la Marca Hispánica où ils furent copiés fut fondamentale. Même leur relation dans certaines tendances artistiques du XXème siècle est évidente. Comme exemple, nous pouvons rappeler que le parallèlisme entre certaines images du Guernica de Picasso et la Biblia Sacra de la Cathédrale de Léon, écrite par Vimara et peinte en miniature par le diacre Juan dans le monastère de Abellar en 920 pour l’abbé Mauro du monastère d’Albares fut largement analysé. Nous offrons dans cette web un espace spécial dédié à la « Miniatura Altomédieval española ». -
Peinture. Représente le secteur le moins connu et d’analyse la plus compliquée. En principe, selon la documentation de l’époque, on sait qu’il y eut une importante tradition picturale influencée par l’art califal et nous pouvons démontrer que, pendant cette période, beaucoup d’églises étaient décorées avec des peintures murales, comme celles trouvées dans l’église de Wamba. Mais dans certains cas, comme San Baudelio de Berlanga, leur datation n »est pas claire, et, dans d’autres elle n’a pas été suffisamment étudiée. De plus, des restes de peinture méconnus antérieurement sont apparus actuellement et sont en procédé d’étude et de restauration. Parmi ces derniers nous considérons de grande importance les récentes découvertes de peintures murales dans les églises comme Santiago de Peñalba ou San Miguel de Gormaz, certaines d’entre elles en phase d’analyse préalable.
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Sculpture. La sculpture de cette phase est toujours plane, en général taillée en biseau, continuant ainsi la technique de périodes antérieures et leurs thèmes sont habituellement végétaux et géométriques, avec très peu d’exemples de thèmes figuratifs. Elle se trouve surtout sur les chapiteaux, dans certains cas comme San Miguel de Escalada ou San Cebrián de Mazote, de grande qualité. Nous devons aussi souligner la décoration, généralement à base de dessins géométriques inscrits dans les lobules des modillons en pierre ou bois qui soutiennent l’auvent de la toiture dans presque toutes leurs constructions.
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Architecture. Au moment d’analyser les caractéristiques les plus importantes de « l’Art Mozarabe », nous nous rendons compte qu’il y a seulement trois particularités de base, l’une considérée comme la plus importante et qui consiste dans l’utilisation, dans tous les cas, de l’arc en fer à cheval, une autre dans le fait que dans presque toutes les églises, la porte soit située sur un côté, et la troisième qui nous semble beaucoup plus trascendentale , comme nous l’expliquerons, qu’il n’y ait aucune autre caractéristique commune.
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En effet, dans les constructions chrétiennes de cette période, généralement d’églises, nous nous trouvons, du point
de vue de leur structure, face à toutes sortes de formes aussi bien de leurs plans que des élévations. Il existe des types de basiliques, d’une,deux et trois nefs, qui dans certains cas sont continues et de la même hauteur mais, qui dans d’autres, sont divisées généralement en trois tronçons très diffèrents aussi bien à l’intérieur qu’à l’extèrieur, églises cruciformes ou pseudocruciformes et même, comme à San Baudelio de Berlanga, en forme de cube, avec une abside et un double plan à l’intérieur. Nous trouvons des églises d’une, deux ou trois absides, et parfois avec des absides opposées. Quant à leur forme de couverture, certaines sont totalement voûtées, en général avec des techniques très dépurées importées de l’art arabe, et d’autres ont un toit plat en bois; il se passe la même chose en ce qui concerne le matériel utilisé, il y en a de tous genres, depuis la plus pauvre maçonnerie jusqu’aux constructions en pierres de taille parfaitement travaillées. La décoration est aussi très variée bien que, dans certains cas, nous pouvons trouver des lignes communes, comme les grands modillons décorés en pierre ou en bois, quelques ensembles de chapiteaux ou les peintures murales trouvées dans certains cas avec de possibles ressemblances, détails qui ne nous paraissent pas suffisants pour définir un style.


